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Dossier Réduction de la vulnérabilité des ouvrages : des mesures ciblées peuvent sauver de nombreuses viesAlpes-Maritimes : Mieux connaître le risque sismique pour mieux agir

Vendredi 26 juillet 2019

L’analyse de la vulnérabilité   au risque sismique   menée à l’échelle du département des Alpes-Maritimes a été l’une des premières étapes du plan de prévention lancé en 2017. La prise de conscience des conséquences potentielles permet aujourd’hui aux acteurs concernés de cibler et planifier les mesures prioritaires.

En France, le département des Alpes-Maritimes a les trois quarts de ses communes en classées en zones de sismicité   moyenne (4) dont la ville de Nice qui compte environ 350 000 habitants. En 2016, suite à l’électrochoc provoqué par le séisme   d’Amatrice en Italie, le Préfet des Alpes-Maritimes décide sous l’impulsion du Ministère de décliner à l’échelle du département le cadre d’action pour la prévention du risque sismique   datant de septembre 2013. En mars 2017, le Préfet des Alpes-Maritimes lance le plan départemental risque sismique   qui compte sept volets d’actions. Depuis juin 2017, Stéphane Liautaud, chargé de mission risque sismique   à la Direction Départementale des Territoires et de la Mer (DDTM) des Alpes-Maritimes, a pour mission de piloter ce plan.

« Depuis 20 mois, mon travail consiste à mobiliser tous les acteurs autour de ce risque majeur pour ce département de façon à être en capacité de sauver des vies en cas de séisme  . La tâche est immense car il n’existe pas de véritable culture du risque sismique   dans cette région contrairement à d’autres régions du monde exposées. Mais il faut éviter le déni, la résignation et commencer à agir concrètement, pas à pas » explique ce chargé de mission.

Des conséquences potentiellement dramatiques

L’un des volets du plan consiste à améliorer la connaissance du risque sismique   et à la transcrire dans les documents réglementaires. C’est en effet un levier important pour sensibiliser, motiver les décisions et les adapter au plus près de la réalité du terrain. Dans ce cadre, le BRGM? (3) et le CEREMA (4) ont travaillé à définir des scénarios probables de séismes et à évaluer leurs conséquences. Cette étude est basée sur une analyse de la vulnérabilité   à l’échelle d’un territoire. Elle a montré que la survenue d’un séisme   de magnitude   6,2 dans le département pourrait dans certaines circonstances précises entraîner plusieurs milliers de victimes, plusieurs centaines de milliers de sans-abris et 14 à 17 milliards de dégâts économiques. « Les conclusions de cette étude sont un point d’appui pour sensibiliser les acteurs et les encourager à mettre en œuvre des mesures pour limiter l’ampleur de la catastrophe en anticipant la gestion de crise et les services de secours adaptés. Mais il ne s’agit pas de tomber dans le catastrophisme. Ces chiffres sont très liés aux circonstances dans lesquelles interviendrait le séisme   » précise Stéphane Liautaud. « L’estimation du coût économique permet aussi de relativiser le coût des travaux nécessaires à la réduction de la vulnérabilité   de ce département même si ceux-ci s’élèvent à une centaine de millions d’euros pour les bâtiments et ouvrages stratégiques en cas de crise ».

Des règles adaptées selon un microzonage

L’amélioration de la connaissance du risque sismique   a par ailleurs débouché en janvier 2019 sur la signature d’un Plan de Prévention du Risque Sismique   (PPRS?) sur la ville de Nice. Le risque a été réévalué en fonction du micro-zonage effectué sur la commune de Nice pour prendre en compte les différents effets de site   locaux (notamment la nature du sol). Les futures constructions neuves devront prendre en compte ces informations. Le plan départemental prévoit plusieurs actions pour sensibiliser et former les acteurs de ces secteurs. L’État a en parallèle augmenté la fréquence des Contrôles Réglementaires de la Construction sismique (CRC) sur les études et les chantiers en cours de maisons individuelles.

Audits de vulnérabilité   : une étape essentielle

Concernant les bâtiments et les ouvrages existants, le Préfet des Alpes-Maritimes a choisi devant l’ampleur de la tâche de prioriser les bâtiments et équipements indispensables en situation de gestion de crise (catégorie 4) comme le Centre Opérationnel Départemental, les casernes de pompiers, les établissements de santé « accueil d’urgence », le CHU, les bâtiments aéroportuaires et les bâtiments liés à la sécurité. « Les audits de vulnérabilité   sont une étape essentielle pour prendre des décisions, prioriser et planifier. C’est du cas par cas. Ainsi il a été décidé de ne pas entreprendre les travaux de renforcement de l’Hôtel de police et d’une caserne qui s’élèveraient à 14 millions d’euros mais d’investir cette somme dans la construction du nouvel Hôtel de police, à Nice, prévue en 2022 et qui intégrera les exigences du PPRS. À l’inverse, un autre audit a montré que 120 000 euros de travaux suffisaient pour permettre à un bâtiment de commandement de la gendarmerie de rester opérationnel en cas de séisme   », illustre Stéphane Liautaud.

Prioriser pour sauver un maximum de vies

Le plan départemental prévoit aussi de sécuriser un itinéraire autoroutier et routier d’est en ouest du département pour favoriser l’arrivée des secours sur les zones touchées. Les audits sur les ouvrages de cet itinéraire sont en cours. « Là encore, il s’agit de cibler les travaux de renforcement parasismique qui permettront de sauver un maximum de vies si un drame survenait », insiste Stéphane Liautaud qui compare la réduction de la vulnérabilité   à un long marathon.

« Devant l’ampleur de la tâche, vouloir courir un sprint n’est pas réaliste. Mais il faut accepter que la course sera longue et donc prendre le départ dès maintenant en priorisant les actions et en les planifiant sur plusieurs années ».

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