Lettre du Plan Séisme - 3e trimestre 2017, Dossier Séismes et littérature, quand la création surgit de la destruction

Dossier Séismes et littérature, quand la création surgit de la destructionDossier Séismes et littérature, quand la création surgit de la destruction

Objet de terreur et d’incompréhension, les tremblements de Terre secouent les consciences et interpellent l’imaginaire. Depuis l’Antiquité, la littérature se fait ainsi écho de cette fascination teintée de peur devant l’inexplicable de la Terre qui se met en mouvement. Les écrivains sont les témoins de ce trouble, mais aussi de la formidable capacité de l’Homme à répondre à la destruction par la création.

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Au rang des catastrophes naturelles, les séismes occupent une place particulière et représentent plus qu’aucune autre la puissance de la nature et le danger. Ceci tient à de nombreux facteurs, parmi lesquels leur imprévisibilité, qui surprend les habitants dans leur quotidien jusque dans leur intimité, le fait qu’ils peuvent occasionner des destructions sur des territoires extrêmement vastes, mais également que le risque sismique   est l’un des seuls risques naturels à ne menacer quasi exclusivement que l’homme et ses ouvrages. Epargnés dans leur milieu naturel par les secousses sismiques, les animaux sont en effet comme protégés, au contraire de l’homme qui semble comme visé. Enfin, l’origine souterraine de cette catastrophe a longtemps entretenu un certain mystère quant à son origine.

Face au séisme   qui ravagea Haïti en 2010, « le discours scientifique ne suffisait pas ». Ce constat a été le point de départ pour Marie-Denise Shelton, professeur de littérature, d’une recherche sur le traitement littéraire des tremblements de terre. Son ouvrage, Eloge du séisme   [1], nous montre à quel point les écrivains ont de tout temps eu besoin de transcender cet évènement géologique violent et meurtrier. Des récits sacrés à la science-fiction moderne, la littérature n’a de cesse d’essayer de sortir de l’impasse que constitue la destruction brutale. « De l’Antiquité la plus lointaine à l’époque contemporaine, philosophes, poètes, conteurs, artistes, écrivains ont exprimé étonnement et émoi face aux séismes ou tenté d’en tirer une leçon morale ou existentielle… » observe ainsi Marie-Denise Shelton. Sans prétendre à l’exhaustivité et donnant une place privilégiée à la littérature francophone, l’auteur parcourt différentes époques et différents pays pour montrer la place particulière des séismes en littérature.

Récits sacrés et Mythes

La force de ce phénomène lui donne une place à part dans les livres sacrés. Tremblement de terre   et tsunami   y sont le signe de la volonté divine. La Bible, le Coran, le Popol Vhuh des Mayas ou l’épopée de Gilgamesh évoquent tous un déluge, un raz de marée. « L’un des thèmes privilégiés de la littérature du séisme   est celui de la volonté divine agissant pour corriger l’ineptitude ou l’incomplétude de sa création » souligne Marie-Denis Shelton. On retrouve les tremblements de terre de façon encore plus explicite dans les récits de fin du monde de la Bible ou du Coran. Dans la Bible, le livre de l’Apocalypse de Jean parle d’un « grand tremblement de terre   […] et toutes les montagnes et les îles furent écartées de leurs places » (Apocalypse 6 : 12-14). La sourate XCIC du Coran évoque ainsi l’avènement du jugement dernier : « Lorsque la terre tremblera d’un violent tremblement / Qu’elle aura secoué ses fardeaux / L’homme demandera : Qu’a-t-elle ? / Alors elle racontera ce qu’elle sait / Ce que ton Seigneur lui inspirera ». Au-delà de la destruction, le tremblement de terre   est cependant toujours associé à un message pour un recommencement. Etymologiquement, le terme Apocalypse signifie « révélation ».

La 11e tablette cunéiforme « de Gilgamesh » dite « du déluge »
La 11e tablette cunéiforme « de Gilgamesh » dite « du déluge »
Source : British Museum

Parmi les récits de l’Antiquité où surgissent des tremblements de terre, on peut par ailleurs citer les dialogues philosophiques de « Timée » puis de « Critias », dans lesquels Platon crée ce qui deviendra le mythe de l’Atlandide dont on trouve encore la trace y compris dans les ouvrages contemporains de science-fiction. Cette île merveilleuse et dominatrice qui fut engloutie : « Mais dans le temps qui suivit, se produisirent de violents tremblements de terre et des déluges. En l’espace d’un seul jour et d’une seule nuit funeste sous la mer ». [2]

Moyen-Âge et séismes

Les données historiques le prouvent. Le Moyen-Âge n’a pas été épargné par les séismes. Cependant les genres littéraires en vogue durant cette période (chansons de geste, littérature courtoise, poésie lyrique) semblent trouver plus d’inspiration dans les exploits chevaleresques que dans la survenue de tremblements de terre toujours associés dans les esprits à la punition divine. Pour cette raison, il semble que l’évocation des séismes soit surtout l’apanage du langage figuratif chrétien. On trouve cependant un texte de Pétrarque (Le repos religieux [3]) évoquant la destruction de la cité de Bâle après le séisme   de 1356 : « Elle ne présentait plus que des montagnes de pierres, le silence et l’horreur au regard et à l’esprit de l’observateur et cela par une transformation si soudaine que personne ne pensait avoir vu autre chose que l’illusion d’un rêve ou un mirage. »

Copie du XVe siècle du traité de Pétrarque « De otio religioso »
Copie du XVe siècle du traité de Pétrarque « De otio religioso »
Source : The Newberry Library, Chicago

Ainsi, aucun ouvrage du Moyen-Âge n’a retenu l’attention de Marie-Denise Shelton contrairement aux écrits qui suivirent le tremblement de terre   qui détruisit Lisbonne en 1755. Il semble en effet que cette date marque une rupture dans la façon dont les écrivains se confrontent aux séismes, en se tenant souvent à distance des considérations religieuses mais sans pour autant s’éloigner des interrogations existentielles.

Les Lumières et le tremblement de terre   de Lisbonne

Le séisme   de Lisbonne de 1755 eut un écho considérable dans toute l’Europe, et fut d’autant plus traumatisant que cette ville était à l’époque à l’apogée de sa gloire. Ce drame confronte la pensée et les idéologies à une réalité brutale qui défie la raison. « Les plus grandes figures de la littérature du 18e siècle européen, Voltaire, Rousseau, Goethe, Kant, pour ne citer que ceux-là, l’ont immortalisé dans des textes devenus célèbres. […] Le Siècle des Lumières, fier des conquêtes de la raison et de la science, se trouvait aux prises à un évènement qui échappait aux lois de la raison. Il se heurtait, peut-être pour la première fois, à l’idée de l’Absurde. On s’interroge alors sur le sens de l’existence humaine, sur la mort, le Mal et Dieu » analyse Marie-Denise Shelton.

Ainsi, dans le Poème sur le désastre de Lisbonne publié en 1756 (aussi connu sous le nom « Examen de cet axiome : Tout est bien »), Voltaire décrit toute l’horreur du séisme   et s’insurge contre les défenseurs du « Tout est bien » fondé sur l’optimisme et la sagesse de la création. En réponse, dans sa Lettre à Monsieur de Voltaire, Rousseau développe l’idée que ni Dieu ni la nature ne sont responsables de la catastrophe de Lisbonne, mais bien l’Homme, pointant les vices de construction et les réactions inappropriées des habitants cherchant à sauver leurs biens.

Extrait du Poème sur le désastre de Lisbonne de Voltaire Extrait de la Lettre à Monsieur de Voltaire de Rousseau
O malheureux mortels ! ô terre déplorable !
O de tous les mortels assemblage effroyable !
D’inutiles douleurs éternel entretien !
Philosophes trompés qui criez, « Tout est bien ; »
Accourez, contemplez ces ruines affreuses,
Ces débris, ces lambeaux, ces cendres malheureuses,
Ces femmes, ces enfants l’un sur l’autre entassés,
Sous ces marbres rompus ces membres dispersés ;
Cent mille infortunés que la terre dévore,
Qui, sanglants, déchirés, et palpitants encore,
Enterrés sous leurs toits, terminent sans secours
Dans l’horreur des tourments leurs lamentables jours !
Je ne vois pas qu’on puisse chercher
la source du mal moral ailleurs que dans
l’homme libre, perfectionné, partant corrompu
[…] Sans quitter votre sujet de Lisbonne,
convenez, par exemple, que la nature n’avoit
point rassemblé là vingt mille maisons de six
à sept étages, et que si les habitans de cette
grande ville eussent été dispersés plus
également et plus légérement logés, le dégât
eût été beaucoup moindre et peut-être nul.
Tout eût fui au premier ébranlement, et on les
eût vus le lendemain à vingt lieues de-là tout
aussi gais que s’il n’étoit rien arrivé.

Un révélateur des failles humaines

Nombre d’écrivains contemporains s’attachent désormais à décrypter les émotions suscitées par les séismes. Plusieurs ouvrages explorent ainsi les « fissures » de l’esprit ouvertes par des séismes suite à la prise de conscience de la fragilité humaine, du superflu, de nos faiblesses intimes … Au-delà du conscient, le tremblement de terre   devient en littérature un miroir des ruptures des destinées, un révélateur des failles humaines. « La vie humaine n’est pas rendue insignifiante en raison du séisme  , mais on s’aperçoit plutôt que c’est en raison du séisme   que l’individu prend conscience de l’insignifiance de son existence et cherche à s’en extirper » note Marie-Denis Shelton.

Ecrit après le séisme   japonais de Kobe de 1995, Après le tremblement de terre   [4] de Haruki Murakam est un recueil de nouvelles dont le point commun est la description de l’impact indirect du séisme   dans l’existence de différents personnages. Simple élément déclencheur, le séisme   y est parfois juste évoqué au par l’évocation d’images à la télévision ou d’actualités diffusées à la radio, et qui viennent heurter le quotidien des personnages.

Le roman choral Autour du Monde [5] de Laurent Mauvignier s’inscrit parfaitement dans ce registre. L’auteur relie entre eux des destins saisis par l’effroi ou le désarroi devant la nouvelle du tsunami   de Fukushima. Dans une interview donnée au Nouvel Obs lors de la sortie de son livre, Laurent Mauvignier expliquait ainsi son point de départ : « Le tremblement et le raz de marée sont des termes qu’on utilise aussi pour des mouvements intimes et plus secrets. Cette correspondance, je la trouvais très belle et très riche, comme si les quatorze histoires qui composent le livre étaient des variations, des éclairages différents sur notre vulnérabilité  , rendue visible par le séisme  . »

Le séisme   : un ressort romanesque vers un renouveau

Même si Marie-Denise Shelton souligne bien que son titre « Eloge du séisme   » s’entend de façon étymologique comme un inventaire des œuvres littéraires abordant ce phénomène, elle souligne cependant le paradoxe des séismes qui relie contre toute attente cette catastrophe meurtrière à la vie, à la renaissance, au renouveau. Et c’est sûrement dans les romans que ce lien est le plus frappant.

Dans de nombreux récits, le séisme   constitue le ressort romanesque qui permet un nouveau départ, une libération, une critique ou une mise à plat du système politique et social…

Le tremblement de terre   du Chili [6] d’Heinrich Von Kleist illustre bien ce mouvement. Dans ce roman, la survenue du séisme   rend possible l’idylle de deux amants issus de classes et de rangs différents. Dans ce cas, l’auteur ne semble pas avoir été confronté personnellement au drame d’un séisme  . Mais on retrouve ce basculement chez plusieurs auteurs touchés directement ou indirectement par le risque sismique   et notamment au Maghreb, région du globe régulièrement frappée par des séismes destructeurs. Surtout ne te retourne pas [7] de Maissa Bey, Le jour du séisme   [8] de Nina Bouraroui et Agadir [9] de Mohammed Khaïr-Eddine sont trois romans qui dénoncent l’ordre social et politique ressenti comme oppressant. Le séisme   permet une rupture, une libération comme pour l’héroïne de Surtout ne te retourne pas qui avait fui sa famille et la perspective d’un mariage forcé juste avant le séisme   : « Je suis venue au monde dans un tournoiement de poussière, un jour de cris, de ciels retournés, de peur, de chaos, d’effondrements et de décombres, un lendemain de fin du monde, tout au bout d’une infime et terrifiante contraction de la terre. Depuis ce jour, on m’appelle Wahida, la seule et peut-être même l’unique. Désormais toute est plausible. Et peut-être possible. »

Les séismes et la littérature vus par Eric Appéré
Les séismes et la littérature vus par Eric Appéré
Source : E. Appéré pour planseisme.fr

Faut-il noter que dans la plupart de ces romans, le renouveau ou la libération ne sont que de courte durée et que les carcans d’avant le tremblement de terre   resurgissent bien vite ?

Avertissements de futures calamités…

Précisément, pour éviter la répétition des erreurs passées, la littérature a parfois tenté d’alerter contre les comportements humains aggravant les séismes, de faire en quelque sorte de la prévention. Dans La submersion du Japon [10], roman de science-fiction de Sakyo Komatsu, l’auteur imagine l’engloutissement du Japon suite à des séismes à répétition. On retrouve ici l’ombre du mythe de l’Atlantide évoqué précédemment. Au fil des pages, il critique les réactions humaines et politiques. « Ce roman futuriste, qui ne l’est plus déjà, contient une leçon à retenir face aux multiples calamités […] qui menacent le présent et l’avenir de la planète » remarque Marie-Denis Shelton.

La même année, Akira Yoshimura choisissait de recourir au récit pour relater le séisme   qui toucha Tokyo et Yokohama le 1er septembre 1923 [11]. Il y décrit les faits avec précision, chiffres à l’appui. Il aborde aussi la rivalité entre deux sismologues, la persécution des Coréens accusés d’être responsable du tremblement de terre   et la mauvaise gestion politicienne. L’auteur espérait que son récit permette de tirer les leçons pour l’avenir…

La vie au cœur du drame et après le drame

Les écrivains personnellement touchés par un séisme  , pour l’avoir vécu directement ou de par leur attachement aux victimes, réagissent pour certains à cet évènement en témoignant.

Ainsi dans Ce n’est pas un hasard – Chronique japonaise [12], Ryoko Sekiguchi, l’auteur résidant en France au moment du séisme   de Fukushima, raconte ces jours sombres passés à partager les doutes et les angoisses de son peuple malgré la distance.

Au moment du séisme   du 12 janvier 2010, de nombreux écrivains haïtiens se trouvaient sur place pour assister à un festival littéraire et ils sont nombreux à avoir témoigné par leurs écrits de l’intensité et du scandale de cette catastrophe. En 2015, le journal haïtien le Nouvelliste dressait ce constat : « La production littéraire en Haïti a largement été influencée par cet évènement qui continuera, sans doute, à traverser nos créateurs […] dans presque tous les genres (roman, théâtre, essai, poésie, nouvelles) … ». Les auteurs ont ainsi témoigné de la vie au cœur du drame et après le drame, et ont souvent eu à cœur de parler de la solidarité et de la dignité des survivants. Parmi ces ouvrages, trois romans décrivent la vie des Haïtiens après le séisme   : Corps mêlés [13] de Martin Victor, Les Immortelles [14] de McKenzie Orcell, et Aux frontières de la soif [15] de Kettly Mars. « Ils parlent aussi du courage de ceux qui poursuivent une quête obstinée, celle d’un être aimé disparu sous les décombres ou celle d’un rêve inaltérable malgré la survenue de la chose » remarque Marie-Denise Shelton.

Couverture de l'édition du Nouvelliste commémorant, avec des écrivains, le 1er anniversaire du séisme haïtien de 2010
Couverture de l’édition du Nouvelliste commémorant, avec des écrivains, le 1er anniversaire du séisme haïtien de 2010
Source : Le Nouvelliste

D’autres auteurs ont pour leur part fait le choix de témoigner dans des récits-témoignages, comme Dany Laferrière dans Tout bouge autour de moi [16], Yannick Lahens dans Failles [17], ou encore Rodney Saint-Eloi dans Haïti, Kenbe La [18] (voir « 3 questions à »). Dany Laferrière, qui vit au Québec mais se trouvait à Haïti le 12 janvier 2010, a sur le moment pris des notes dans un petit carnet. De ces notes prises sur le vif, l’auteur a ensuite bâti un récit comme autant de photographies, d’instantanés qui témoignent de l’expérience des survivants, de la succession des sentiments parfois paradoxaux, de la réalité nue et pourtant tellement plus pudique que le regard des médias, de la vie qui reprend, de la dignité des Haïtiens.
Dans un hommage rédigé un an après le séisme  , l’écrivain haïtien Lyonel Trouillot a écrit ces quelques mots qui en disent long sur la difficulté et la force de la littérature face à un tel drame : « La seule façon pour « l’écrivain haïtien » de rendre hommage aux morts et d’aimer les vivants est celle de devenir un citoyen haïtien qui écrit. C’est à ce devoir d’humilité, à cette responsabilité à la fois modeste et lourde que me rappelle le souvenir des morts et des actes de courage et de solidarité dont j’ai pu être le témoin le soir même et les jours qui suivirent le tremblement de terre  . »

[1Marie-Denis Shelton. Eloge du séisme – le tremblement de terre en littérature, L’Harmattan, 2015.

[2Platon, Timée/Critias, traduction inédite, Flamarion 1992.

[3Pétrarque, Le repos religieux (De otio religioso) 1346-1357. Ed. Chr. Carraud, J. Millon, 2000.

[4Haruki Murakami, Après le tremblement de terre, « Domaine étranger », 2002.

[5Laurent Mauvignier, Autour du Monde, Editions de Minuit, 2014.

[6Heinrich von kleist, Le tremblement de terre du Chili, 1801.

[7Maissa Bey, Surtout ne te retourne pas, Editions de l’Aube, 2010.

[8Nina Bouraroui, Le jour du séisme, Editions Stock, 1999.

[9Mohammed Khaïr-Eddine, Agadir, Editions du Seuil, 1967.

[10Sakyo Komatsu, La submersion du Japon, 1973 (pour la traduction française : Ed. Philippe Picquier, 2000).

[11Akira Yoshimura, le Grand tremblement de terre du Kantô, traduit française Sophie Refle, Actes Sud, 2010.

[12Ryoko Sekiguchi, Ce n’est pas un hasard – Chronique japonaise, P.O.L, 2011.

[13Martin Victor, Corps mêlés, Gallimard, 2011.

[14McKenzie Orcell, Les Immortelles, Mémoires d’encrier, 2010

[15Kettly Mars, Aux frontières de la soif, Mercure de France, 2013.

[16Dany Laferrière, Tout bouge autour de moi, Grasset, 2010.

[17Yannick Lahens, Failles, Sabine Wespieser, 2010.

[18Rodney Saint-Eloi, Haïti, Kenbe La, Michel Lafon, 2010.