Dossier Sismologie : mieux enregistrer pour mieux comprendre, 3 questions à Raul Madariaga

3 questions à Raul Madariaga3 questions à Raul Madariaga

Raul Madariaga est sismologue et professeur émérite à l’Ecole Normale Supérieure (ENS?), ses travaux ont contribué tout au long de sa carrière, à améliorer les connaissances sur la dynamique des tremblements de terre, plus particulièrement sur la modélisation de la rupture sismique.

« Etudier les séismes pour comprendre et sauver des vies. »

Quel évènement a le plus marqué votre carrière ?

Le séisme   de Valdivia en 1960 au Chili fut le plus gros tremblement de terre   jamais enregistré jusqu’à ce jour. Grâce aux réseaux de stations sismiques développés dès les années 50, il fut enregistré en de nombreux points du globe. Il a aussi excité les oscillations libres de la Terre comme seuls peuvent le faire les plus gros séismes et celles-ci ont été enregistrées pour la première fois à Paris. Cet évènement majeur a attiré vers la sismologie   de nombreux scientifiques de diverses disciplines (physiciens, mathématiciens…). Ce fut le cas pour moi aussi et à partir de cette date, j’ai cherché à mieux comprendre ce phénomène et j’ai collaboré à des travaux de modélisation des tremblements de terre.

Quelle avancée sur la connaissance des séismes vous semble la plus significatives au cours de ces 20 dernières années ?

L’enregistrement des très, très grands séismes, qui ont frappé l’Indonésie en 2004, le Chili en 2010, et Tohoku au Japon en 2011, a profondément changé la sismologie  . Pendant près de 40 ans, il n’y avait pas eu de séisme   de magnitude   supérieure à 8,2. En dix ans, nous en avons connu trois. Il a fallu changer la sismologie  , ajouter la géodésie et de nouvelles techniques de traitement de données pour analyser ces gros événements. L’une des plus importantes leçons tirées de ces événements est qu’ils sont moins destructeurs que l’on ne croyait. Les plus graves dégâts proviennent de l’action des tsunamis déclenchés par ces séismes. De nouvelles donnés ont été introduites en sismologie  , notamment la géodésie spatiale, dont la GNSS (1), est devenue une source d’information exceptionnelle. On peut actuellement détecter des mouvements lents associés aux séismes que nous n’imaginions pas il y vingt ans. De mon point de vue, le GPS enregistre les très gros séismes comme un sismomètre   de la plus grande qualité.

Quels sont pour vous les défis que la sismologie   doit encore relever ?

Une large part du globe n’est pas encore assez instrumentée, car il est très difficile d’équiper les fonds marins. Cela permettrait pourtant sûrement de faire avancer les connaissances. L’une des pistes est de recourir aux ondes acoustiques déjà très utilisées dans d’autres domaines. De nouveaux réseaux d´écoute acoustique et sismique en fond de mer voient le jour en ce moment au Japon, Nouvelle-Zélande, etc. Par ailleurs, l’alerte précoce serait un progrès majeur pour sauver des vies en cas de tremblements de terre. On sait désormais le faire pour les tsunamis, mais les ondes sismiques se propagent bien trop vite à la surface des continents. Tout espoir n’est cependant pas perdu et certains étudient de près les ondes gravitationnelles générées par le déplacement de masses importantes et qui, elles, se déplacent à la vitesse de la lumière ! A l’autre extrémité du spectre sismique, on enregistre de plus en plus de tous petits séismes de haute fréquence, qui dépassent à peine le bruit sismique ambiant. Quelquefois appelés « tremor non volcanique », ce faible ronronnement de la Terre surprend tous les sismologues. Peut-être serviront ils d’annonce pour les plus gros séismes ?